Guillaume Larrivé à l'assaut de la droite

Guillaume Larrivé à l’assaut de la droite

CHALLENGE. CANDIDAT SURPRISE À LA PRÉSIDENCE DE LR, CE TECHNO BIEN ÉLEVÉ A DÉCIDÉ DE RUER DANS LES BRANCARDS

Dans les envolées de Guillaume Larrivé, il est beaucoup question de « batailles » et de « généraux ». Quand la plupart de ses collègues ont filé en vacances, ce fils et petit-fils de militaires, lui, est parti à la guerre. Le député LR de l’Yonne n’a « plus envie de faire semblant ». Non, il ne se voyait pas monter au combat derrière Christian Jacob, favori pour prendre les rênes du parti en octobre. Il a donc décidé de le défier. « Ce qui m’intéresse, ce n’est pas l’avenir de la droite, c’est l’avenir de la France », dit-il. Bigre ! Mais « je vous rassure sur ma santé mentale : je ne suis pas candidat à la présidence de la République... »

Pour participer à cette bagarre pour le leadership, encore faut-il recueillir 1 311 parrainages d’adhérents d’ici au 13 août – il en a à ce jour quasiment un millier. Lui qui est toujours tiré à quatre épingles, le voilà donc, un soir de canicule, en jeans et chemise bleue au milieu d’une quarantaine de militants pour un apéro pique-nique improvisé dans un parc parisien. Ou discourant debout, pied calé sur une chaise, le lendemain dans une petite salle de Royan.
Larrivé est un homme sérieux qui se soigne à l’autodérision. C’est un juriste pointu, pianiste, au style si suranné qu’il en est décalé, qui parle et pense à un rythme de mitraillette en ponc-tuant la conversation de : « C’est nul ! Aucun intérêt. » Fort en thème – diplômé de Sciences-Po, de l’Essec et sorti dans la botte de l’ENA (les 15 mieux classés) –, le conseiller d’État, archétype du technocrate français, avait vite rejoint le cabinet de Nicolas Sarkozy au ministère de l’Intérieur, avant de suivre Brice Hortefeux au ministère de l’Immigration, puis Place Beauvau. Et, finalement, d’arriver à l’Élysée. « Il est très solide sur les sujets régaliens », dit de lui Patrick Stefanini, qui l’a côtoyé au cabinet d’Hortefeux. « C’est un des plus brillants de sa génération », affirme le député LR Éric Ciotti.

Le jeune conseiller a fait son trou dans l’Yonne, où il succède à Jean-Pierre Soisson aux législatives de 2012. S’il échoue aux municipales à Auxerre deux ans plus tard, il est réélu député en 2017 en pleine vague macroniste. Il se fait alors remarquer comme corapporteur de la commission d’enquête de l’Assemblée nationale sur l’affaire Benalla. Le verbe acéré, il ferraille avec la corapporteure LREM, Yaël Braun-Pivet, et finit par claquer la porte avec fracas.
Pour autant, il a surpris en se lançant dans la bataille de LR. Son ami Brice Hortefeux a tenté de l’en dissuader. « Il s’est lancé parce qu’il ne voulait pas que Guillaume Peltier apparaisse comme le leader de sa génération », décrypte un parlementaire LR en référence au jeune vice-président du parti. « Il est un peu désabusé de voir ses anciens camarades de l’ENA lui passer devant et devenir ministres, ajoute un député. Cette campagne, c’est pour dire : “Coucou, j’existe”, mais il est complètement à contre-emploi. » Décidément trop techno ? L’argument l’agace : « Le milieu politique est épouvantable de médiocrité et de méchanceté, lâche-t-il. Pour moi, ce qui compte, c’est la France. Je n’aime pas les mercenaires, les politiciens de métier, qui n’ont pas d’idées, que des intérêts. Je ne suis pas fait du même bois. » On comprend pourquoi certains de ses collègues le trouvent « cassant »...

D’ailleurs, « je serai soit président des Républicains, soit pas dans l’appareil de LR », prévient-il.

S’il ne cite jamais Christian Jacob, il a la dent dure devant les militants : « Le président de LR ne peut pas être l’animateur d’un club d’anciens combattants. » Élu, il proposerait de nouveaux statuts et, à l’autre challenger, le député du Vaucluse Julien Aubert, d’« être un de [ses] vice-présidents ». Son premier acte serait de supprimer la primaire. Succès assuré auprès des adhérents. Jacob, lui, s’interdit d’aborder ce thème pour ne pas s’attirer les foudres des présidentiables. « Il faut parler des sujets, exige Larrivé. Qu’est-ce qu’on attend ? La défaite de la présidentielle de 2022 ? On ne va pas se laisser éternellement imposer les mauvaises solutions de ceux qui ont échoué. Ça fait une dizaine d’années qu’on se prend des tôles. Stop ou encore ? »

« Libéral national », il « n’aime pas » qu’on le range dans les rangs de la « droite dure ». Mais il pense que « la question du droit du sol doit être à nouveau évoquée », propose d’utiliser une partie de l’argent du RSA pour financer des investissements d’avenir, a appelé à boycotter la jeune activiste suédoise Greta Thunberg et est hostile à la PMA pour toutes.

En 2017, il n’a pas choisi entre Emmanuel Macron et Marine Le Pen et a voté blanc. « Pour être libre, dit-il. Je ne dois rien à Macron et il ne me doit rien. » Contre ce « Président post-national », il a écrit un livre : Le Coup d’État Macron (L’Observatoire, 2018). Son titre en rappelle un autre, Le Coup d’État permanent, de François Mitterrand, et ce n’est pas un hasard. Il a détesté le président socialiste – à 15 ans, il écrivait des billets contre lui dans le courrier des lecteurs du Figaro sous son nom ou sous le pseudonyme Guillaume Trajan. Mais le Mitterrand qui fut pendant des années chef de l’opposition l’inspire aujourd’hui. De 1958 à 1981, « il a su tenir bon », dit-il. Un silence : « 
Je veux croire que ça ne durera pas vingt-trois ans pour nous. » Car il n’est pas sûr qu’il soit aussi patient.

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