« Immigration : les erreurs de Hollande » – Tribune du 19 juillet 2012

Tribune de Guillaume Larrivé – Le Figaro – 19 juillet 2012

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Immigration : les erreurs de Hollande

C’est l’un des paradoxes du nouveau pouvoir. Le ministère de l’Immigration créé par Nicolas Sarkozy  a disparu de l’intitulé des portefeuilles gouvernementaux. Mais il survit, en réalité, à l’alternance: les attributions confiées par le président Hollande au ministre de l’Intérieur font de lui un ministre de l’Immigration de plein exercice, comme l’était Brice Hortefeux en 2007. Manuel Valls a,  en effet, autorité sur tous les services administratifs compétents pour connaître du parcours d’un étranger  en France, depuis l’éventuelle demande de visa jusqu’à l’installation sur notre territoire, l’accès à la nationalité française ou, au contraire, le retour  vers le pays d’origine.

Si le ministère de l’Immigration  n’a pas été démantelé, il n’en est pas de même de la politique d’immigration.  Le ministre de l’Intérieur prétend concilier fermeté et humanisme.  Mais le président de la République cède, dans les faits, à la facilité et au conformisme des professeurs de vertu, qui nient la nécessité d’une politique  de régulation des flux migratoires.

Première erreur: l’abandon des objectifs de reconduite à la frontière, qui étaient jusqu’alors fixés à chacun des préfets. Ces objectifs respectaient parfaitement les droits des personnes, puisque chaque décision de reconduite à la frontière était toujours susceptible d’être contrôlée par un juge.  Et la fixation d’objectifs avait permis de renforcer l’efficacité de la lutte contre l’immigration illégale, en obtenant des résultats: de 2002 à 2011, ce sont plus de 225 000 étrangers en situation irrégulière qui ont été raccompagnés, de manière contrainte ou volontaire, dans le pays dont ils ont la nationalité. En renonçant à tout objectif chiffré,  le gouvernement envoie un signal de relâchement aux forces de l’ordre et un message de tolérance aux filières exploitant l’immigration illégale.

La deuxième erreur est peut-être involontaire mais elle paraît plus lourde encore. Le ministre de l’Intérieur, d’une voix assurée, affirme refuser une régularisation massive des clandestins. Mais ses services préparent, dans le même temps, une circulaire précisant les critères de régularisation.  Tous les praticiens le savent: de telles instructions vont immanquablement  se retourner contre leurs auteurs.  Car c’est une arme dans les mains  des groupes de pression qui veulent que la République, en s’excusant d’être elle-même, accueille sur son territoire tous les clandestins entrés en France par effraction, au mépris de nos lois.  Le gouvernement, dès lors, renoncera  à réserver l’attribution de cartes de séjour, au cas par cas, pour des raisons humanitaires. Il s’apprête, ainsi,  à créer un droit à la régularisation, qui n’est autre qu’une prime à l’illégalité. Les ex-clandestins devenus réguliers vont se compter par dizaines  et dizaines de milliers.

La troisième erreur est la plus regrettable, car c’est une injustice que rien ne justifie. Alors que le gouvernement demande à nos compatriotes de payer plus de 7 milliards d’euros d’impôts supplémentaires, il propose que les clandestins bénéficient désormais de soins totalement gratuits. L’aide médicale d’Etat (AME) coûte d’ores et déjà plus d’un demi-milliard d’euros, chaque année, au budget social  de la nation. Faut-il vraiment alourdir encore cette charge ? Pourquoi  les étrangers clandestins seraient-ils les seuls à être exonérés de toute participation financière ? C’est un manquement à la solidarité nationale. Et c’est aussi une puissante incitation  à l’immigration illégale.

La quatrième erreur est une faute  qui peut être réparée. Le président  de la République, pour l’heure,  ne semble pas avoir compris que la question des migrations doit être placée au cœur des discussions européennes  et internationales. À l’évidence, l’immigration n’est pas qu’une  affaire de police. Le lien entre  le développement des pays d’origine  et la capacité d’accueil de notre pays doit être abordé, à nouveau, au plus haut niveau de notre diplomatie.

Pendant les dix dernières années, les fonctionnaires des préfectures et des consulats, les policiers et les gendarmes se sont efforcés d’appliquer avec discernement les lois permettant  à la France de mieux choisir qui  elle souhaite accueillir sur son territoire. Le rocher, peu à peu, montait sur la colline. Il en tombe aujourd’hui. Dans la République  de François Hollande, les agents  de l’État sont de nouveaux Sisyphe.

« Le naufrage de la volonté » – Tribune du 13 mai 2015

Tribune de Guillaume Larrivé – Le Figaro – 13 mai 2015

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Les naufrages de migrants qui endeuillent la Méditerranée ne sont, hélas, pas une nouveauté. Les premiers drames ont eu lieu à l’ouest, sur la façade atlantique, au large des îles Canaries, il y a près de dix ans. Ils se sont ensuite déplacés en Méditerranée orientale, à l’abord des côtes grecques. Depuis trois ans, ils se sont accentués en Méditerranée centrale, concentrant les flux vers les îles de Lampedusa, Malte et la Sicile.

Face à la tragédie migratoire, ne nous trompons pas d’analyse. Les migrants ne sont pas, en majorité, des combattants de la liberté, vrais réfugiés politiques, mais bien des personnes choisissant de quitter leurs pays d’origine pour des raisons économiques. Il ne s’agit pas, pour l’essentiel, de mouvements spontanés, mais de flux organisés par des trafiquants, nouveaux marchands d’esclaves qui adaptent leur activité criminelle en créant des circuits lucratifs. Les déplacements sont évidemment facilités par les carences étatiques de pays de transit qui laissent passer des clandestins venus de pays d’origine subsahariens. Et ils ne sont aucunement imputables à la supposée « Europe forteresse » que dénoncent, matin, midi et soir, les professeurs de vertu droit-de-lhommiste : notre continent est, bien au contraire, l’espace géographique le plus ouvert au monde, distribuant généreusement visas, cartes de séjour et prestations sociales.

Cette réalité est trop souvent niée dans les cénacles bruxellois, où l’on n’aime rien tant que se payer de mots, proclamant les droits des migrants au risque d’oublier les droits des États. Par exception, un « Pacte européen sur l’immigration et l’asile » très volontariste avait été adopté par les Chefs d’État et de gouvernement en 2008, sous l’impulsion personnelle de Nicolas Sarkozy lorsque la France présidait l’Union européenne. Négocié par le ministre Brice Hortefeux, le Pacte définissait les principes d’une audacieuse politique de réduction et d’organisation de l’immigration à l’échelle du continent. Mais il y a loin du Pacte aux actes… L’Union est très vite retombée dans son habituelle aboulie, incapable d’assumer un objectif de réduction de l’immigration et de s’y tenir, en s’en donnant les moyens juridiques, opérationnels et diplomatiques. Elle est restée totalement inapte, en particulier, à reconduire les clandestins vers leurs pays d’origine : l’an passé, les « franchissements irréguliers des frontières extérieures de l’Europe », c’est-à-dire les entrées de clandestins, ont augmenté de +150%, alors que les « retours effectifs », c’est-à-dire les expulsions, ont baissé de -4%.

Rien n’indique que le nouveau président de la Commission européenne, Jean-Claude Juncker, parvienne à rompre avec cette inertie. Les propositions qu’il esquisse sont un étrange cocktail d’innovation, d’illusion et de démission.

L’innovation, c’est la volonté de militariser la lutte contre les trafiquants, comme Federica Mogherini, la chef de la diplomatie européenne, en demande le mandat aux Nations unies. La manœuvre des navires européens en Méditerranée ne peut se limiter à des opérations de sauvetage : l’opération Mare Nostrum, l’année dernière, avait eu l’effet pervers de multiplier les flux et les sabordages. Le premier objectif doit être dissuasif, ce qui rend nécessaires la confiscation et la destruction des embarcations et des remorqueurs en amont des départs, dans les eaux territoriales des pays de transit. Cette intervention déterminée doit être complétée d’une répression judiciaire à l’encontre des trafiquants, impliquant leur capture et des condamnations d’une très grande fermeté.

Mais cette action novatrice sera de faible portée si, parallèlement, l’Europe a la faiblesse d’organiser elle-même un gigantesque appel d’air en annonçant, urbi et orbi, la répartition des demandeurs d’asile entre les différents État européens. Ce que la bureaucratie bruxelloise appelle le burden sharing (partage du fardeau entre les États) est une illusion qui ressemblerait plutôt, aux yeux des candidats à l’immigration clandestine, à un circuit de séjour organisé par un tour opérateur. Bernard Cazeneuve a le grand tort de s’y montrer favorable. Dès lors que les demandeurs d’asile se concentrent, non pas dans les pays de première entrée, mais en Allemagne, en Suède et en France, notre pays n’a strictement aucun intérêt à accepter de nouveaux contingents de migrants, car il prend déjà plus que sa part.

La démission, enfin, consiste à refuser, à Bruxelles et à Paris, de restreindre substantiellement les conditions d’entrée et de séjour. Au plan diplomatique, personne n’engage un dialogue franc et direct avec les pays d’origine et les pays de transit, qui consisterait à appliquer enfin un principe de conditionnalité : « pas de visas et pas d’aide publique au développement sans lutte contre l’immigration clandestine ». Et au plan juridique, la fausse générosité continue à dominer l’agenda. Personne n’assume l’idée selon laquelle le système d’asile, trop permissif, est devenu une machine à fabriquer de l’immigration clandestine. Le Premier ministre refuse de tirer les conséquences du rapport de la Cour des comptes qui a révélé que 99% des déboutés de l’asile restaient illégalement en France. Il persiste à rejeter les amendements que nous présentons pour assurer le placement des demandeurs dans des centres fermés, refuser d’examiner les nouvelles demandes de séjour des déboutés et leur interdire définitivement l’accès à notre territoire. Et pendant que Jean-Claude Juncker annonce aimablement qu’il souhaite de nouvelles directives pour favoriser les « migrations légales », Manuel Valls s’apprête à faire débattre l’Assemblée nationale d’un « projet de loi relatif au droit des étrangers en France », long catalogue de nouvelles garanties, procédures et facilités…

La Méditerranée, hélas, pleurera encore des larmes de sang. Car le naufrage de la volonté européenne fait le malheur des peuples.

« Il faut une rupture totale » – Interview du 20 juillet 2015

Interview de Guillaume Larrivé – Le Figaro – 20 juillet 2015

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Le député de l’Yonne Guillaume Larrivé défendra lundi soir, au nom du groupe parlementaire Les Républicains, une motion de rejet préalable du texte. Il présentera par ailleurs, en tant qu’orateur du groupe et en son nom, de nombreux amendements.

LE FIGARO – Vous allez présenter une soixantaine d’amendements à ce texte…

Guillaume Larrivé – Je n’accepte pas qu’un vrai débat sur l’immigration soit interdit en France. La gauche française reste adepte d’un immigrationnisme faussement généreux, totalement coupé des réalités. La France de 2015 est traversée par de graves tensions : le marché du travail est bloqué, les finances publiques sont au bord du gouffre, le système éducatif est en panne, l’ascenseur social est arrêté, la sécurité est menacée et le sentiment national est devenu très incertain. De ce profond malaise national, l’immigration massive n’est pas la seule responsable. Mais ce qui serait irresponsable, c’est de continuer à augmenter l’immigration ! Le chaos migratoire produit le désespoir. Je propose une rupture totale : la France a le droit de choisir qui elle souhaite accueillir et qui elle souhaite refuser sur son territoire. De toute urgence, il faut diminuer l’immigration et s’en donner vraiment les moyens.

Le gouvernement veut instaurer des cartes de séjour pouvant aller jusqu’à cinq ans. Que proposez-vous ?

Le contraire ! Je propose une politique de réduction de l’immigration. La première rupture consistera à définir des plafonds d’immigration, c’est-à-dire des contingents limitatifs. Il faut que, chaque année, l’Assemblée nationale puisse définir le nombre d’étrangers admis à s’installer France, pour toutes les catégories de séjour à l’exception des réfugiés politiques. Ainsi, le regroupement familial devra être soumis à un plafond annuel : si le plafond est dépassé, la demande sera reportée à l’année suivante.

Deuxième rupture : avant d’obtenir un visa pour la France, les candidats à l’immigration devront justifier, à leurs frais, dans leur pays d’origine, de leur bonne connaissance de la langue française, de leur adhésion aux valeurs de la société française, mais aussi d’une capacité à exercer une profession ou à assumer leur autonomie financière.

Troisième rupture : il faut restreindre les prestations sociales versées aux étrangers. Un étranger qui exerce le même travail et verse les mêmes cotisations salariales qu’un Français doit avoir la même assurance sociale. Mais un étranger tout juste arrivé en France n’a pas à bénéficier de prestations sociales financées par l’impôt de personnes qui résident en France de longue date. C’est pourquoi je propose de supprimer l’accès aux allocations familiales et au logement avant cinq années de résidence légale en France.

Que pensez-vous du remplacement de la rétention administrative par une assignation à résidence ?

La naïveté des socialistes fera plaisir, hélas, aux passeurs et aux trafiquants qui exploitent la misère des 500 000 clandestins installés en France ! Au contraire, je défendrai un amendement pour que la rétention administrative passe de 45 à 180 jours. Dans des pays comme le Royaume-Uni ou les Pays-Bas, cette dernière est illimitée. Elle est de 18 mois en Allemagne et de 60 jours en Espagne. Six mois, c’est un délai minimum pour organiser, avec les pays d’origine, les retours de leurs ressortissants.

Le débat sur le droit du sol a été relancé. Les Républicains semblent partagés sur cette question.

N’ayons pas peur des idées nouvelles, comme Nicolas Sarkozy nous y invite. Je propose de passer du « droit du sol » au « devoir du sol ». L’étranger né en France ne deviendra plus automatiquement Français. Il devra affirmer sa volonté de le devenir. Et la République pourra refuser d’accorder la nationalité française à l’étranger qui n’est pas assimilé à la communauté nationale. Ceux qui ne respectent pas les lois et les valeurs de la République n’ont pas à devenir français.

« Hollande n’a ni leadership ni vision » – Interview du 8 septembre 2015

Interview de Guillaume Larrivé – Le Figaro – 8 septembre 2015ItwFigaro8septembre2015

La France va devoir accueillir pour commencer 24.000 migrants supplémentaires. Qu’en pensez-vous?

François Hollande réagit bien tardivement. Il n’a ni leadership ni vision. La priorité, c’est de créer, à proximité de la zone irako-syrienne et avant toute traversée de la Méditerranée, des centres internationaux de rétention des demandeurs d’asile.

Comment procéder?

Il faut choisir les personnes qui seront accueillies provisoirement non seulement en Europe mais aussi en Amérique du Nord, et dans les pays du monde arabe, comme l’Arabie Saoudite. J’insiste: il ne s’agit pas d’installer définitivement en France une partie de la population du Moyen Orient, mais d’accueillir provisoirement des victimes des islamistes de Daech jusqu’à leur retour dans leurs pays, quand la pays sera revenue, avec la destruction du pseudo Etat islamique.

Mais que faire des centaines de milliers de migrants économiques?

Les policiers, aux prises avec la réalité du terrain, le déplorent : aujourd’hui, malgré tous leurs efforts, on ne renvoie quasiment plus les clandestins dans leurs pays d’origine ! A Calais, par exemple, où les illégaux affluent par dizaines de milliers, seuls 613 Albanais, 161 Ukrainiens, 10 Moldaves, 8 Kosovars et 6 Turcs ont été éloignés depuis le 1er janvier, souvent vers l’Italie. Beaucoup reviennent. C’est un système absurde! On entretient une noria sans fin qui ne règle en rien le problème structurel de l’immigration clandestine subsaharienne. Il faut organiser des vols groupés vers les pays de provenance. Les reconduites doivent être effectives.

Propos recueillis par Jean-Marc Leclerc